Selon votre profil · Multi-sociétés et holding

Paie d'un groupe multi-sociétés et d'une holding de travaux

Beaucoup d'entrepreneurs du bâtiment détiennent plusieurs sociétés et font circuler les équipes entre elles. Cette page traite des conséquences en paie : montage de la mise à disposition, refacturation, conventions distinctes selon l'entité et frontière avec le prêt de main-d'œuvre à but lucratif.

Réponse directe

Un salarié peut-il travailler pour plusieurs sociétés d'un même groupe de travaux ? Oui, à condition de choisir un montage et de s'y tenir. Le salarié reste employé par une société et se trouve mis à disposition d'une autre, avec un avenant à son contrat et une convention écrite entre les deux entités. Il peut aussi conclure un contrat distinct avec chacune. Ce qui n'est pas admis, c'est de facturer des heures de main-d'œuvre d'une société à l'autre en dégageant un bénéfice sur cette opération : la loi y voit un prêt de main-d'œuvre à but lucratif.

Une holding de travaux fabrique ses propres difficultés de paie

Le schéma est connu : une holding porte les fonctions support et parfois la rémunération du dirigeant, une société réalise le gros œuvre, une autre les travaux publics ou la maçonnerie de finition, une troisième détient le matériel. Les équipes circulent parce que les chantiers ne se répartissent jamais comme les statuts. Un grutier employé par la société de matériel se retrouve trois semaines sur le chantier de la société de gros œuvre. Rien d'anormal, à condition que le montage suive.

La première conséquence touche la convention applicable. Une société de travaux publics et une entreprise de bâtiment ne relèvent ni des mêmes textes, ni de la même caisse de congés payés. Un salarié transféré d'une entité à l'autre change de grille de classification, de barème de déplacement et de régime de prévoyance. Le faire travailler ailleurs sans changer son rattachement crée un décalage entre ce que dit le bulletin et ce que fait réellement l'intéressé.

La deuxième conséquence est la refacturation. Lorsqu'une société met un salarié à disposition d'une autre, la somme refacturée doit se limiter à la rémunération versée, aux cotisations correspondantes et aux frais professionnels remboursés. Aucune marge ne doit apparaître, aucun forfait rond détaché du coût réel non plus. Une facture intitulée prestation de main-d'œuvre avec un prix horaire attire immédiatement l'attention, parce qu'elle ressemble à la fourniture de personnel qu'exercent les entreprises de travail temporaire.

La troisième conséquence concerne les cotisations. Un salarié qui perçoit une rémunération de deux sociétés du même groupe relève de la situation d'employeurs multiples : les parts d'assiette limitées doivent être réparties et régularisées, sinon les cotisations sont calculées deux fois sur les mêmes tranches. Le sujet passe inaperçu tant que les paies sont produites séparément par des intervenants différents.

La quatrième tient à la représentation du personnel et au risque de co-emploi. Des sociétés qui partagent une direction, des locaux et des moyens peuvent être regardées comme une unité économique et sociale, avec une instance commune. Et un salarié dont le travail est dirigé au quotidien par une autre entité que son employeur peut, en cas de litige, réclamer à cette dernière la qualité d'employeur. Notre rôle est de rendre ces flux lisibles : savoir qui emploie qui, sur quel fondement, avec quel document.

Le prêt de main-d'œuvre, la ligne à ne pas franchir

Fournir de la main-d'œuvre à une autre entreprise contre rémunération est réservé à des activités encadrées, au premier rang desquelles le travail temporaire. En dehors de ce cadre, l'opération n'est licite que si elle est dépourvue de but lucratif, ce qui suppose une refacturation strictement égale au coût supporté. La sanction n'est pas seulement financière : le prêt illicite et le délit de marchandage sont des infractions pénales, et l'entreprise utilisatrice est concernée au même titre que celle qui prête.

Dans un groupe de travaux, la difficulté vient du caractère quotidien de ces échanges. Un chef d'équipe envoie deux compagnons dépanner le chantier de la société soeur, la facture est établie en fin de mois sur la base d'un prix horaire arrondi, et personne n'a signé quoi que ce soit. L'opération est courante, elle n'en est pas moins irrégulière. Le remède est documentaire avant d'être financier : une convention de mise à disposition, un avenant au contrat du salarié, un décompte des heures réellement passées et une refacturation adossée à ce décompte.

  • Une convention de mise à disposition signée entre les deux sociétés
  • Un avenant au contrat du salarié précisant la durée et le poste
  • Un décompte des heures effectuées dans l'entité d'accueil
  • Une refacturation limitée au salaire, aux cotisations et aux frais
  • L'information des instances représentatives lorsqu'elles existent
  • Un retour du salarié dans son poste d'origine à l'issue de la période

Ce qu'un contrôle examine dans un groupe →

Ce que nous mettons en place

FIG.01

Cartographie des rattachements

Nous établissons la liste des salariés, de leur société employeuse, de la convention appliquée, de la caisse de congés de rattachement et des entités dans lesquelles ils interviennent réellement. Ce tableau met en évidence les incohérences : un conducteur de travaux payé par la holding mais présent en permanence sur les chantiers d'une filiale, un ouvrier rattaché aux travaux publics qui n'a fait que du bâtiment depuis deux ans.

FIG.02

Mise à disposition et refacturation

Pour chaque flux récurrent, nous produisons le décompte des heures passées dans l'entité d'accueil et le coût correspondant, salaire chargé et frais professionnels compris. Ce décompte sert de base à la refacturation opérée par votre comptabilité, sans marge. Il constitue aussi la pièce que l'on vous demandera si l'opération est examinée, à condition qu'il soit établi mois par mois et non reconstitué a posteriori.

FIG.03

Conventions et caisses distinctes

Chaque société conserve son propre paramétrage : texte conventionnel, grille de classification, barèmes territoriaux de déplacement, caisse de congés payés, régimes de retraite complémentaire et de prévoyance. Les bulletins ne se ressemblent donc pas d'une entité à l'autre, et c'est normal. Nous documentons ces différences pour que les responsables puissent les expliquer aux salariés qui comparent leur fiche de paie entre eux.

Remettre les flux de personnel au carré

Inventaire des entités et des mouvements

Nous partons de l'organigramme juridique et des affectations réelles des derniers mois. L'objectif est de repérer les salariés qui travaillent habituellement ailleurs que dans leur société employeuse, ceux qui perçoivent une rémunération de plusieurs entités et ceux dont le rattachement conventionnel ne correspond plus à l'activité exercée.

Choix d'un montage par situation

Chaque cas relève d'une solution différente : mise à disposition ponctuelle, changement d'employeur, contrats distincts avec chaque société, ou simple correction du rattachement. La décision appartient à la direction, éventuellement avec son conseil juridique. Nous exposons les conséquences en paie de chaque option, y compris sur l'ancienneté, les congés et la caisse de rattachement.

Documentation

Les conventions entre sociétés, les avenants aux contrats et le format de décompte des heures sont mis en place. Sans ces pièces, le montage retenu n'existe que dans la tête de ceux qui l'ont décidé, ce qui ne sert à rien le jour où la question est posée par un tiers, un salarié ou un organisme de contrôle.

Production et suivi mensuel

Les paies de chaque société sont produites avec le paramétrage qui lui est propre, les décomptes de mise à disposition sont établis à chaque clôture et transmis à la comptabilité pour refacturation. Les mouvements nouveaux sont signalés au fil de l'eau, ce qui permet de traiter le montage avant l'affectation plutôt qu'après.

Questions fréquentes : groupes multi-sociétés

Puis-je facturer les heures de mes compagnons à ma seconde société ?
Vous pouvez refacturer le coût, pas vendre de la main-d'œuvre. La distinction se joue sur trois éléments : l'existence d'un document écrit entre les deux entités, la limitation du montant refacturé au coût réellement supporté, et l'absence de bénéfice sur l'opération. Une facture établie à un prix horaire de marché, supérieur au coût, transforme l'échange en fourniture de personnel à but lucratif. Si l'activité de prêt devient régulière et structurée, la question à examiner n'est plus celle de la refacturation mais celle du recours à un groupement d'employeurs ou à une autre organisation juridique.
Mes sociétés n'appliquent pas la même convention collective, est-ce un problème ?
Non, c'est même la situation normale lorsque les activités diffèrent. La convention applicable découle de l'activité principale réellement exercée par chaque société, pas d'un choix du groupe ni du code attribué à l'immatriculation. Une entreprise de terrassement et une entreprise de plâtrerie relèvent logiquement de textes distincts, avec des caisses de congés différentes. Le problème apparaît lorsqu'un salarié est rattaché à une société pour des raisons de commodité alors qu'il exerce dans une autre, ou quand une entité applique par facilité le texte de sa société soeur.
Le dirigeant rémunéré par la holding doit-il avoir un bulletin ?
Cela dépend de son statut social, qui découle de la forme de la société et de sa participation au capital. Un mandataire assimilé salarié figure dans la paie de la société qui le rémunère, avec un régime de cotisations qui lui est propre. Un dirigeant affilié au régime des indépendants n'a pas de bulletin et cotise par un circuit distinct de la paie. Lorsqu'un même dirigeant exerce des mandats dans plusieurs sociétés du groupe, le cumul de rémunérations demande une répartition cohérente.
Que risque-t-on concrètement en cas de prêt de main-d'œuvre irrégulier ?
Le premier risque est la requalification des sommes refacturées et le redressement des cotisations correspondantes. Le second est pénal, puisque le prêt de main-d'œuvre à but lucratif hors du cadre autorisé et le marchandage sont des délits, qui exposent l'entreprise et ses dirigeants. Le troisième est prud'homal : le salarié peut invoquer une situation de co-emploi et diriger ses demandes contre l'entité qui dirigeait réellement son travail. Dans un groupe familial où tout le monde connaît tout le monde, ce dernier risque est souvent sous-estimé jusqu'au premier départ conflictuel.
Pouvez-vous produire la paie de toutes nos sociétés avec un seul interlocuteur ?
Oui, et c'est l'organisation que nous recommandons pour ce profil. Un gestionnaire suit l'ensemble du périmètre, ce qui permet de repérer les mouvements entre entités, de traiter les situations d'employeurs multiples et de tenir des décomptes de mise à disposition cohérents. Chaque société conserve néanmoins son paramétrage propre et ses déclarations distinctes.

Sécurisons vos flux de personnel entre sociétés

Devis gratuit en moins de 24h · +33 7 82 52 20 32 / +33 6 51 68 20 10 · contact@btp-paies.fr

Demander un devis
AppelerDemander un devis